Eoliennes : les chauves-souris d’altitude bientôt rayées du ciel ?
- didierserrat5
- 12 oct. 2023
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 13 oct. 2023

Le cynisme. Le cynisme à l’état pur. C’est la seule chose qui vient à l’esprit lorsqu’on lit la fin de l’argumentaire Abowind sur le flyer distribué dans les boites aux lettres des riverains du projet éolien de Griselles (45).
La société n’hésite pas à justifier que s’il est certain qu’une destruction de nombreux individus de diverses espèces animales, dont des chauves-souris, se produira après l’implantation des éoliennes, cela n’est pas vraiment important puisqu’il existe déjà d’autres facteurs de destruction. Le problème des chats est ainsi mentionné. C’est vrai qu’ils sont responsables d’une partie de la mortalité de divers animaux comme des oiseaux ou certaines chauves-souris, mais peut-on décemment se dire que puisque la situation de la biodiversité est grave, l’attaquer un peu plus, de façon volontaire et consciente est tout à fait envisageable ? Le fait que toutes les espèces de chauves-souris soient protégées en France ne semble même pas être un problème pour AboWind.
Pourtant, comme le souligne le médias futura-sciences dans un article récent, les chercheurs s'accordent à dire que"quand une chauve-souris se prend dans les pales d’une éolienne, ce n’est pas seulement un petit mammifère qui disparaît. C’est toute la chaîne alimentaire d’une région qui est perturbée". Dans un article de FranceInfo, le spécialiste Laurent Arthur, qui étudie les chauves-souris depuis plus de 40 ans, estime que les premières responsables de leur déclin sont les éoliennes. "Soit les pales tapent les chauves-souris, soit la pression juste avant la pale fait exploser leurs organes internes", explique-t-il. Le sujet n'est donc pas anecdotique, et la présence de chauve-souris a déjà suffi à donner un coup d'arrêt à certains projets éoliens, comme ce fut le cas dans la Creuse.
Pas besoin d’être un grand scientifique pour avoir entendu parler des atteintes à la biodiversité liées à l’activité humaine. On aime à se dire qu’elles sont lointaines et ne concernent que des pays exotiques qui exploitent leurs forêts dans un but mercantile. Les problèmes de destruction de la biodiversité sont pourtant tout aussi réels dans l’hexagone.
Si une partie d’entre eux a des origines multi-factorielles -ce qui n’aide pas à leur résolution- d’autres sont plus faciles à appréhender, si ce n’est à régler (mais le veut-on vraiment, c’est souvent la question…).
Dans le cas présent, on considère qu’ajouter une source de destruction n’est pas un problème. Bien sûr, un humain déconnecté de son environnement peut se dire que ce n’est pas la destruction de quelques centaines de bestioles qui changera quoique ce soit à sa vie… On peut lui opposer un argumentaire très « pratico-pratique » : la biodiversité nous est utile. Les chauves-souris, pour en revenir à elles, mangent entre 800 et 3000 insectes par nuit de chasse, et les moustiques peuvent représenter une bonne part du festin. On peut donc voir un intérêt simple et direct à la présence de ces animaux autour de nous : qui a envie de se faire dévorer par les moustiques lors d’une soirée en plein air ?

Si vous voulez en savoir un peu plus sur ces fascinants animaux que sont les chauves-souris, vous pouvez consulter le site de la Société Française pour l’étude et la protection des Mammifères (SFEPM) à l’adresse suivante. On y apprend notamment que si des mesures fortes ne sont pas prises par les pouvoirs publics pour que l'industrie éolienne épargne concrètement ces espèces, les chauves-souris d’altitude seront bientôt rayées des ciels de notre continent. Les chiffres de mortalité sont évalués à 200 000 morts par an en Allemagne, et la France se rapprocherait de ces projections, selon les spécialistes.




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